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Les Roseaux Sauvages

Les Roseaux Sauvages est un film français d’André Téchiné sorti au cinéma en 1994. C’est la version cinéma d’un téléfilm commandé par la chaîne Arte à André Téchiné, pour la série Tous les garçons et les filles de leur âge… sur le thème de l’adolescence. Le téléfilm avait pour titre Le Chêne et le roseau, d’après la fable de Jean de La Fontaine. Il devait comprendre une scène de boum, que Téchiné avait oublié et a ajoutée après coup. La version télé ne comporte que la première heure du film ; la scène dans laquelle François lit la fable est la dernière scène du téléfilm.
André Téchiné a signé, avec ce film, une œuvre en grande partie autobiographique. C’est le premier film où ont joué Stéphane Rideau, Frédéric Gorny et Gaël Morel. Quant à Élodie Bouchez, il lui a valu le César du meilleur espoir féminin en 1995.

avec

Élodie Bouchez : Maïté Alvarez
Gaël Morel : François Forestier
Stéphane Rideau : Serge Bartolo
Frédéric Gorny : Henri Mariani
Michèle Moretti : Madame Alvarez
Jacques Nolot : Monsieur Morelli
Charles Picot : Le proviseur

L’intrigue du film se déroule en 1962, dans le Sud-Ouest de la France. C’est l’époque de la guerre d’Algérie. La professeur de littérature du village est invitée au mariage d’un de ses anciens élèves maintenant militaire. Elle se rend au mariage avec sa fille Maïté. Celle-ci insiste pour que son ami François l’y accompagne et celui-ci fini par accepter même s’il n’est pas invité au mariage.
On apprend que le militaire se marie non pas par amour, mais pour éviter de repartir en Algérie lorsqu’il demande à la mère de Maïté, Madame Alvarez, responsable de la cellule locale du parti communiste, de l’aider à déserter. Celle-ci refuse de l’aider à déserter. On ignore si elle ne peut pas ou si elle ne veut pas.

François est dans la même classe que le frère de l’appelé, Serge. Au début, les deux adolescents ne s’apprécient pas, car ils se trouvent trop différents. Serge est un grand gaillard du coin, aux manières assez masculines et directes, alors que François est plus sensible et d’une faible constitution physique. Il souffre de tachycardie.

Serge demande à François de l’aider pour ses cours de français, en échange de l’aider pour les cours de mathématiques. En effet, Serge est meilleur en mathématiques et François meilleur en français. François accepte et les deux adolescents deviennent plus intimes. Tous deux dorment dans des dortoirs. Serge dors seul alors que François partage sa chambre avec Henri, un élève renfermé et marginal qui écoute sans arrêt son poste de radio. Un soir Serge et François se masturbent ensemble et font l’amour. François va se rendre compte progressivement qu’il préfère les garçons, mais cela ne sera pas facile à accepter. Dans une scène, il répète devant un miroir « Je suis un pédé », comme pour mieux l’accepter, pour se regarder en face. Cette scène rappelle celle où Jean-Pierre Léaud répète devant un miroir : « Antoine Doinel » dans Baisers volés de François Truffaut, bien que celui-ci ne soit pas homosexuel dans le film.

François va se confier à Maïté qui, elle, ne se sent attirée par personne et rejette pour le moment la sexualité.

François s’intéresse aussi au compagnon de chambre de Serge, Henri. Ce dernier, pied-noir, a quitté l’Algérie où son père est mort. Il critique le général de Gaulle et se révèle pro-OAS.

Serge est appelé lors d’un cours : il apprend que son frère est mort en Algérie. Il voue alors une haine brûlante à Henri, qui soutient la guerre, tandis que la mère de Maïté, rongée de culpabilité pour ne pas avoir pu l’aider, part en cure de sommeil.

Serge dit à François qu’il est attiré par Maïté. François dira à Maïté lors des obsèques du frère de Serge, alors que Serge s’en va parce qu’on a dit que son frère était un héros, d’aller lui courir après. Serge emmènera alors Maïté à la rivière, mais Maïté ne voudra pas faire l’amour avec lui.

Un remplaçant arrive, Monsieur Morelli. Dans la scène où on le voit pour la première fois, il demande à un élève de lire une fable de La Fontaine qu’il a écrite au tableau : Le Chêne et le Roseau. C’est François qui la lit avec enthousiasme. C’est d’après cette fable que la première version du film avait été appelée.

La fable de La Fontaine Le Chêne et le Roseau :

Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
– Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. « Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

Monsieur Morelli, cherche à aider Henri à avoir le baccalauréat. Mais ce dernier, révolté par les décisions de de Gaulle et le retrait de la France en Algérie, décide de quitter la ville. Avant cela, il veut mettre le feu à la cellule du PC, tenue par Madame Alvarez. Il y voit Maïté, qui l’invite à entrer, et à qui il cache ses intentions initiales. Tous deux discutent et se découvrent une attirance.

Lassés d’attendre les résultats du bac, François, Maïté et Serge décident d’aller se baigner dans la rivière. Ils rencontrent sur leur chemin Henri, qui n’a pas encore pris son train. Cette ultime scène de baignade estivale est l’occasion de préciser les rapports de chacun avec les autres.

André Téchiné livre un film sensible, profond et bien construit sur l’adolescence, le désir, la naissance de la sexualité, le passage à l’age adulte et le positionnement politique. Le film, d’1h50 prend le temps de développer les personnalités complexes des adolescents et leur évolution. Le personnage de Maïté va lutter pendant tout le film contre le désir naissant en elle pour les garçons, jusqu’à s’y livre à la fin du film, alors que le personnage de François acceptera progressivement son homosexualité. Le personnage de Henri, très renfermé et radical dans ses positions, ne voulant faire confiance à personne, s’adoucira peu à peu au fil du film jusqu’à découvrir l’amour avec Maïté.
Le personnage de Serge est le seul qui ne résoudra rien. Représentant d’abord l’image du mâle hétérosexuel viril et macho, il se livrera à l’amour homosexuel avec François, mais il ne voudra pas recommencer. Son frère mort, il racontera à François qu’il a fait l’amour avec la femme de celui-ci qui était venue l’observer dormir nu dans sa chambre. Serge répète plusieurs fois qu’il aspire à une vie « normale ». Il veut vivre toute sa vie dans son village, dans sa maison. Il dit à François qu’il veut se marier simplement pour être normal, peu importe la femme, à l’image de son frère qui s’était marié par pur intérêt et non par amour. Il semble alors que Serge n’acceptera jamais son homosexualité.
On peut penser à l’échelle de Kinsey. Les enquêtes menées par le professeur d’entomologie et de zoologie Alfred Kinsey au tournant des années 1950 ont permis de constater que homosexualité et hétérosexualité ne sont pas deux orientations sexuelles et amoureuses exclusives. Elles constituent plutôt les pôles d’un même continuum de l’orientation sexuelle. À partir de deux études sur le comportement sexuel des Américains effectuées auprès de quelque 5 300 hommes (en 1948) et de 8 000 femmes (en 1953), Kinsey a conçu une échelle portant sur la diversité des orientations sexuelles.
Cette échelle, graduée entre hétérosexualité (0) et homosexualité (6), avait comme but d’évaluer les individus en fonction de leurs expériences et leurs réactions psychologiques. Voici le tableau :

Score Explication

0 Exclusivement hétérosexuel(le)
1 Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuel(le)
2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 Bisexuel sans préférence
4 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
5 Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuel(le)
6 Exclusivement homosexuel(le)

Ce schéma montre la diversité des orientations sexuelles. Selon Kinsey, tout être humain porte en lui une composante hétérosexuelle et une composante homosexuelle. Celles-ci s’aménageant diversement d’une personne à l’autre, on ne peut finalement établir des catégories sexuelles étanches et « tranchées au couteau ». De plus, s’ajoutent à l’acte sexuel, les questions de sensibilité et d’affectivité qui complexifient davantage les choses.

Selon l’échelle de Kinsey, le personnage de Henri correspondrait à 0, tout comme celui de Maïté. Le personnage de Serge se trouverait entre 1 et 2, et celui de François correspondrait à 6. On ne lui connait en effet pas d’expérience hétérosexuelle.

Bande annonce :

Un autre film appartenant à la série Tous les garçons et les filles de leur âge… sur le thème de l’adolescence est sorti au cinéma : L’Eau froide d’Olivier Assayas.

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