Cosmopolis

« Cosmopolis »

De David Cronenberg

D’après un roman de Don DeLillo

On savait que Cronenberg avait choisi Robert Pattinson pour son nouveau film, Cosmopolis. Les uns se demandaient pourquoi le grand réalisateur avait choisi cet acteur dont on ne se rappelle que son rôle dans Twilight, les autres disaient que Pattinson voulait casser son image.
C’était donc l’occasion de voir si l’acteur a du talent ou non. Pourquoi Cronenberg l’a-t-il choisi ? Notre thèse est que c’est parce qu’il sent mauvais. Du moins, une rumeur court ou a couru que Robert Pattinson sent mauvais. Le personnage qu’il joue lui, « transpire le sexe ».

Dans la première scène dialoguée de Cosmopolis ont voit deux hommes en costumes debout, l’un à côté de l’autre. L’un dit à l’autre qu’il a besoin d’aller chez le coiffeur. Au début j’ai cru que Pattinson jouait le rôle d’un garde du corps ou d’un chauffeur de limousine. En fait ce n’est pas le cas. Son garde du corps c’est l’autre, celui avec qui il parle.
Robert Pattinson c’est Eric Packer. On va pas tout de suite dire qui c’est, parce qu’au début on sait pas qui c’est.

Eric Packer devant sa limousine.

Eric Packer dans sa limousine.

Lui il s’appelle Shiner et il travaille pour Eric Packer.

Mais qui saute sur les genoux de Robert Pattinson ?

C’est Juliette Binoche. Vous la reconnaissez ?

Celle-là n’est pas Juliette Binoche, en revanche elle vient de faire son jogging.

Elle c’est la femme d’Eric Packer. Elle est blonde et jolie, vous ne trouvez pas ?

Voici la « théoriste ».

Eric Packer fréquente une prostituée aux seins siliconés, elle lui braque un taser dessus.

Eric Packer est sans doute un peu maso, il demande à la prostituée de lui tirer dessus avec le taser.

Eric Packer discute avec sa femme devant un restaurant.

Eric Packer peut enfin aller se faire couper les cheveux.

Eric Packer met en joue celui qui lui a tiré dessus.

Eric Packer se tire dans la main.

Ce Cosmopolis est curieux, assez surprenant car il ressemble un peu à du ancien Cronenberg et pas le « nouveau Cronenberg » celui de Viggo Mortensen. Le ton avec lequel les dialogues étaient dits au début du film m’a fait penser à du David Lynch avec qui les gens confondent souvent Cronenberg, peut-être parce qu’ils ont le même prénom.

De l’ancien Cronenberg parce que ce n’est pas un film « grand public » ou « accessible » comme pouvaient l’être ses derniers.

Cosmopolis

avec

Robert Pattinson Eric Packer
Samantha Morton Vija Kinsky
Jay Baruchel Shiner
Paul Giamatti Benno Levin
Kevin Durand Torval
Juliette Binoche Didi Fancher
Sarah Gadon Elise Shifrin
Mathieu Amalric Andre Petrescu
Emily Hampshire Jane Melman
Patricia McKenzie Kendra Hays
Anna Hardwick Jenn the Photographer
George Touliatos Anthony
K’Naan K’Naan
Saad Siddiqui Photographer 2
Philip Nozuka Michael Chin

De rouille et d’os

Un mélange entre Intouchables et Sauvez Willy ? Y a de ça. Est-ce qu’on va encore voir Marion Cotillard à poil ? Oui. Est-ce qu’elle a appris à jouer ? Non. Est-ce le meilleur film d’Audiard ? Non, surement son plus mauvais.

Pourquoi ?

Commençons par dire de quoi il s’agit.

De rouille et d’os est un film franco-belge de Jacques Audiard sorti le 17 mai 2012, un jeudi. C’est le sixième long métrage du fils de Michel Audiard après Regarde les hommes tomber en 1994,
Un héros très discret en 1996, Sur mes lèvres, en 2001, De battre mon cœur s’est arrêté en 2005 et
Un prophète en 2009.

Le scénario est l’adaptation du recueil de nouvelles Rust and Bone de l’écrivain canadien Craig Davidson.

Un mot sur le recueil de nouvelles de Davidson

Le recueil de Davidson est composé de plusieurs nouvelles. Dans l’une un boxeur clandestin aux mains broyées continue de se battre pour se racheter aux yeux de sa famille, un autre est devenu entraineur en Thaïlande pour fuir l’homicide involontaire qu’il a provoqué sur un ring il y a plusieurs années. Un coureur de jupons officiant dans un marineland se fait croquer une jambe par un orque lors d’un spectacle, un père de famille obsédé sexuel est devenu acteur porno par souci d’honnêteté envers ses proches, un père alcoolique qui a puni son fils à briller en NBA, un homme stérile et sa femme qui font combattre des chiens qu’ils aiment pourtant, un employé d’huissier chargé de récupérer les biens des mauvais payeurs rencontre le réalisateur d’une série pour enfant mettant en scène de petits animaux dans le mobil home qu’il doit lui reprendre, un frère et une sœur assistants de leur père magicien qui profite d’un numéro de disparition pour les abandonner.

Le réalisateur et scénariste Thomas Bidegain a mélangé toutes ces nouvelles en les modifiant en grande partie. Ici, Ali (pourquoi s’appelle-t-il Ali ? Parce que c’est un boxeur ?), interprété par Matthias Schoenaerts qu’on a pu voir dans Rundskop, jeune marginal sans le sou, rencontre Stéphanie (Marion Cotillard), dresseuse d’orques au parc aquatique d’Antibes, qui sera victime d’un accident la privant de ses jambes. Ainsi Thomas Bidegain change le sexe du coureur de juppons travaillant à marineland et lui fait perdre deux jambes au lieu d’une. L’histoire est transférée en France, (les scènes avec les orques sont tournées au marineland d’Antibes), et on se demande pourquoi des acteurs belges (Schoenarts et Lanners) ont été choisis. L’enfant reste dans le coma dans la nouvelle, pas dans le film. Une happy end.

ça donne quoi ? ça donne un film froid et artificiel, sans vie, les émotions ne passent pas « Mais quest ce que vous avez fait de mes jambes ? » On y croit pas une seconde. Le film avait un potentiel, mais il est raté. Lui préférer Crash de David Cronenberg.

De rouille et d’os

avec

Marion Cotillard : Stéphanie
Matthias Schoenaerts : Ali
Bouli Lanners : Martial
Céline Sallette : Louise
Corinne Masiero : Anna
Armand Verdure : Sam
Alex Martin : rôle inconnu
Tibo Vandenborre : rôle inconnu
Sophie Mancaruso : une caissière
Annie Betti : une passante
Loubna Satori : une passante
Youssef Nooman : un kinésithérapeute
Germain Capitelli : un kinésithérapeute

Le film a reçu un excellent accueil critique de la part de médias très variés, se voyant notamment octroyer la distinction suprême par des journaux comme le Journal du dimanche, le Nouvel Observateur, les Inrockuptibles ou encore Première, avec une note moyenne finale de 4,4/5 selon le site AlloCiné. On se demande pourquoi !

Il est par ailleurs présenté en compétition officielle pour le Festival de Cannes 2012 au milieu de films qui ont l’air beaucoup plus intéressants.

Le film a notamment été comparé à Intouchables sorti l’année précédente et ayant réuni plus de 19 millions de spectateurs, car mettant tous deux en scène le handicap moteur. Même Intouchables est plus réussi que ce film. Sur le handicap leur préférer Hasta la vista et l’extraordinaire Oasis.

Lors de sa première semaine d’exploitation, il réalise un excellent démarrage avec 651 578 entrées la première semaine prenant la première place du box-office. Comment expliquer ce succès ?

Bon, si vous voulez quand même le voir, allez y, ou demandez à un ami de vous le prêter …

Voici la bande annonce :

Hesher

Hesher est une belle découverte. Le film de Spencer Susser avec Joseph Gordon-Levitt et Natalie Portman et Devin Brochu dans les rôles principaux est énergique, drôle et profond à l’image de son héros/antihéros qui va croiser la route d’un jeune garçon et de sa famille.

Spencer Susser avait déjà réalisé Roughing up the Witness en 2003, A Love Story en 2005 et I Love Sarah Jane en 2008. Avec Hesher il nous livres un film fort et sans concessions.

 

Joseph Gordon-Levitt, qu’on a pu voir dans Inception de Christopher Nolan ou dans l’excellent Mysterious Skin de Gregg Araki, a le rôle principal dans ce film. Le beau rôle ? Pas tout à fait. Ce personnage « sale et méchant » qui sème le chaos autour de lui pourra éveiller l’antipathie, mais se révélera beaucoup plus intéressant qu’il en a l’air.

Natalie Portman est enfin dirigée correctement et arrive à nous toucher avec son personnage. Rien à voir avec Black Swan ou Brothers.

Enfin, le jeune Devin Brochu est une belle découverte.

Dépêchez-vous de le voir si ce n’est pas encore fait !

Hesher

avec

Joseph Gordon-Levitt : Hesher
Devin Brochu : Thomas « T.J. » Forney
Rainn Wilson : Paul Forney
Natalie Portman : Nicole
Piper Laurie : Madeleine Forney
Brendan Hill (VF : Brice Ournac) : Dustin
John Carroll Lynch : Larry
Monica Staggs : maman
Audrey Wasilewski : Coleen Bolder
Lyle Kanouse : Jack Bolder
Helen Slayton-Hughes : {{Mme} Rosowski
Frank Collison : l’entrepreneur de pompes funèbres
Paul Bates : M. Elsberry
Allan Graf : l’agent de sécurité
Biff Yeager : le conseiller
Mary Elizabeth Barrett : Meryl
Milt Kogan : le docteur
Van Epperson : conducteur accidenté
Ralph P. Martin : conducteur du camion de dépannage
Brian Lally : shérif Cuvin
Rafael J. Noble : Mario
Cole Hockenbury : enfant 2
Nicolai Dorian : enfant 1

Burning Man

Non, il ne s’agit pas du festival qui a lieu dans le désert de Black Rock dans le Nevada, mais d’un film australien réalisé par Jonathan Teplitzky à qui on devait déjà « Better Than Sex », sorti en 2001 que je n’ai pas encore vu, mais que je vais peut-être regarder.
En général j’aime bien les films australiens. L’immense Rolf de Heer bien sur, mais aussi récemment « Les Crimes de Snowtown » et « Griff The Invisible ».
Ici je n’ai pas été déçu à part quelques imperfections.
À l’image de l’affiche du film montrant de petites images qui semblent se détacher d’une plus grande, la narration du film est fractionnée, comme si le monteur du film avait décidé de mettre les scènes du film dans un ordre aléatoire. Soit dit en passant c’est le rêve de Peter Greenaway qui essaie de le faire dans The Tulse Luper Suitcases. Mais l’ordre des scènes de Burning Man n’est pas aléatoire.
Burning Man c’est Tom qui est cuisinier. Dans un ordre non chronologique on apprend comment il a rencontré sa femme Sarah, comment ils ont eu un enfant, comment ils ont appris que Sarah avait le cancer, comment ils ont fait face à la maladie ensemble et comment Sarah a décidé d’arrêter la chimio et de quitter l’hôpital, et aussi comment elle est morte, et comment ses rétines ont été utilisées pour les donner à quelqu’un qui perdait la vue, la crémation, et ensuite la manière dont Tom fait son deuil, ou n’arrive pas à faire son deuil, pète les plombs et comment il couche avec les femmes de son entourage jusqu’à une psy et une prostituée, jusqu’à ce qu’il ait un accident ou plutôt qu’il tente de mettre fin à ses jours pour rejoindre sa femme, et qu’il arrive enfin à faire son deuil et « retrouver » son fils. Cette histoire que j’ai tenté de raconter dans l’ordre, le spectateur y a droit par fragments, la chronologie est difficile à suivre. Une narration assez osée, mais qui peut en perdre certains. Le sujet est intéressant, la manière dont il est traité aussi. Pour un sujet sur le cancer, on aurait pu s’attendre à beaucoup de pathos, d’émotions à la petite semaine et de larmes, ce n’est pas le cas. Il y en a, certes, mais avec parcimonie, et le parler franc des personnages est agréable et surprenant. On regrettera un peu trop de scènes avec ce même mouvement de caméra qui se tourne vers le visage de Tom qui se souvient, et qui a les yeux grands ouverts et le regard vide. On a compris. La présence des flammes qu’il voit partout est aussi peut-être un peu de trop.
On notera l’image de la langouste que Tom et Sarah pêchent alors qu’ils sont partis faire du camping sauvage en amoureux et qui s’enfuit, et qui est présente dans tout le film, comme symbole, à la place du crabe qui aurait du être utilisé pour symboliser le cancer, et qui fait donc à peine diversion.
On notera également la belle scène d’accident de voiture de Tom où la voiture fait un roulé boulé et où les aliments sont l’espace d’un instant en suspension dans l’habitacle, et quand, après les médecins retrouvent tout un tas d’organes d’animaux sur Tom qu’ils prennent dans un premier temps pour ses propres organes, une bonne manière de terminer ce film avec humour. C’est quand même autre chose que le prétentieux « De rouille et d’os » …
Notons qu’on retrouve au casting Essie Davis et Anthony Hayes qu’on avait pu voir dans l’excellente mini série « The Slap« .

Burning Man

de Jonathan Teplitzky

avec

Matthew Goode : Tom
Bojana Novakovic : Sarah
Jack Heanly : Oscar
Essie Davis : Karen
Anthony Hayes : Brian
Rachel Griffiths : Miriam
Kerry Fox : Sally
Kate Beahan : Lesley
Gia Carides : Carol
Marta Dusseldorp : Lisa
Robyn Malcolm : Kathryn
Matthew Moore : Luke
Simone Kessell : Oscars Teacher

The Town

« The Town » est un bon divertissement. La bande annonce promettait un bon film d’action avec des braqueurs. De ce côté là on est un peu déçu. Les scènes d’actions ne sont pas aussi nombreuses qu’on aurait pu s’y attendre et leur qualité est assez inégale. La faute à quoi ? Le film est surtout axé sur la relation du personnage principal avec la jeune fille brune. En gros ça alterne braquages et rendez-vous galants. ça m’a fait un peu penser à Drive, mais un sous-Drive. Ben Affleck en tant que réalisateur est loin de la classe de Nicolas Winding Refn et en tant qu’acteur, en tout cas dans ce film, il n’arrive pas à la cheville de Ryan Gosling. Se diriger soi-même, c’est le piège (voir ma critique de Coriolan). Ben Affleck tombe dedans.
On a pu voir au casting Jon Hamm (le Don Draper de Mad Men) qui a à peine réussi à faire oublier son personnage de série, Pete Postlethwaite très convainquant dans l’un de ses derniers rôles (il nous a quittés le 2 janvier 2011) et Blake Lively, très crédible en pute que les ados ont pu voir dans Gossip Girl.
Alors regardez ce film si vous avez envie de vous divertir.

The Town de Ben Affleck avec

Ben Affleck
Jon Hamm
Rebecca Hall
Blake Lively
Jeremy Renner
Pete Postlethwaite
Chris Cooper

Bande annonce :

Des Filles en Noir

Des filles en noir est un film écrit et réalisé par Jean-Paul Civeyrac sorti le 3 novembre 2010. Le film a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au 63ème Festival de Cannes en 2010.

Le sujet (le suicide) Des Filles en Noir est difficile. Et plus particulièrement le suicide des adolescent(es). Les deux comédiennes sont de jeunes actrices, plutôt jolies, mais elles ont encore du boulot. On ne leur demande pas grand chose : jouer des filles en noir (comprendre des gothiques), qui n’ont pas trop de sentiments. Elles ont le regard vide et récitent d’un ton monocorde. La scène où le personnage de Priscilla tape sur le capot de la voiture est sans doute la plus ridicule du film. Il est peut-être dommage que le réalisateur ait choisi d’aller directement au cliché : des gothiques qui vont se suicider. ça renforce un cliché. A quoi bon ? Le problème c’est qu’en faisant cela il s’inscrit dans une esthétique qui coupe de l’universel du sujet, car c’est un vrai problème le suicide des adolescents, et ceux qui passent à l’acte ne sont pas forcément vêtus de noirs. Le film est plein de maladresses et on peut dire que dans l’ensemble c’est un film raté, et un peu prétentieux. Dommage. Mais c’est un film à voir, au moins pour ceux qui s’intéressent à la question du suicide.

La scène de l’exposé de Noémie et Priscilla

avec

Elise Lhomeau : Noémie
Léa Tissier : Priscilla
Elise Caron : Martha (comme Élise Caron)
Isabelle Sadoyan : Sonia
Roger Jendly : Tony
Thierry Paret : Alain
Aurore Soudieux : Isabelle
Yuliya Zimina : La professeure de musique (comme Youlia Zimina)
Christine Vézinet : Mme Schaeffer
Jérôme Derre : L’inspecteur
Robinson Delacroix : Clément
Brice Fazekas : Sam
Valérie Duhamel-Manns : La première infirmière (comme Valérie Duhamel-Manns)
Ilyasse Zaki : Le joueur de foot
Renan Carteaux : Marc
Sandra Macedo : La gardienne
Simon Delétang : M. Torres, le prof de français
Tom Le Squer : Elève
Hélène Dubouchaud : Elève
Sophie Nika : Elève
Anaïs Delotterie : Elève
Mounia Raoui : Sherifa
Axelle Bozler : La caissière
Elias Achkar : Policier
Fabien Orcier : Policier
Farida Mazouni : Policière
Claire Cathy : La femme d’Alain
Yordan Goldwasser : Jérôme
Simone Tompowsky : Chloé
Lyès Salem : Le docteur
Camille Rutherford : Gaëlle
Gisèle Torterolo : La 2e infirmière
Herbert Stritmatter : L’homme sur le banc
Nathalie Eno : Musicienne
Laurent Lacotte : Musicien
Antoine Mathieu : Musicien
Guillaume Verdier : Musicien
Benjamin Lévy : Le chef d’orchestre

Voir la bande annonce :

Les Roseaux Sauvages

Les Roseaux Sauvages est un film français d’André Téchiné sorti au cinéma en 1994. C’est la version cinéma d’un téléfilm commandé par la chaîne Arte à André Téchiné, pour la série Tous les garçons et les filles de leur âge… sur le thème de l’adolescence. Le téléfilm avait pour titre Le Chêne et le roseau, d’après la fable de Jean de La Fontaine. Il devait comprendre une scène de boum, que Téchiné avait oublié et a ajoutée après coup. La version télé ne comporte que la première heure du film ; la scène dans laquelle François lit la fable est la dernière scène du téléfilm.
André Téchiné a signé, avec ce film, une œuvre en grande partie autobiographique. C’est le premier film où ont joué Stéphane Rideau, Frédéric Gorny et Gaël Morel. Quant à Élodie Bouchez, il lui a valu le César du meilleur espoir féminin en 1995.

avec

Élodie Bouchez : Maïté Alvarez
Gaël Morel : François Forestier
Stéphane Rideau : Serge Bartolo
Frédéric Gorny : Henri Mariani
Michèle Moretti : Madame Alvarez
Jacques Nolot : Monsieur Morelli
Charles Picot : Le proviseur

L’intrigue du film se déroule en 1962, dans le Sud-Ouest de la France. C’est l’époque de la guerre d’Algérie. La professeur de littérature du village est invitée au mariage d’un de ses anciens élèves maintenant militaire. Elle se rend au mariage avec sa fille Maïté. Celle-ci insiste pour que son ami François l’y accompagne et celui-ci fini par accepter même s’il n’est pas invité au mariage.
On apprend que le militaire se marie non pas par amour, mais pour éviter de repartir en Algérie lorsqu’il demande à la mère de Maïté, Madame Alvarez, responsable de la cellule locale du parti communiste, de l’aider à déserter. Celle-ci refuse de l’aider à déserter. On ignore si elle ne peut pas ou si elle ne veut pas.

François est dans la même classe que le frère de l’appelé, Serge. Au début, les deux adolescents ne s’apprécient pas, car ils se trouvent trop différents. Serge est un grand gaillard du coin, aux manières assez masculines et directes, alors que François est plus sensible et d’une faible constitution physique. Il souffre de tachycardie.

Serge demande à François de l’aider pour ses cours de français, en échange de l’aider pour les cours de mathématiques. En effet, Serge est meilleur en mathématiques et François meilleur en français. François accepte et les deux adolescents deviennent plus intimes. Tous deux dorment dans des dortoirs. Serge dors seul alors que François partage sa chambre avec Henri, un élève renfermé et marginal qui écoute sans arrêt son poste de radio. Un soir Serge et François se masturbent ensemble et font l’amour. François va se rendre compte progressivement qu’il préfère les garçons, mais cela ne sera pas facile à accepter. Dans une scène, il répète devant un miroir « Je suis un pédé », comme pour mieux l’accepter, pour se regarder en face. Cette scène rappelle celle où Jean-Pierre Léaud répète devant un miroir : « Antoine Doinel » dans Baisers volés de François Truffaut, bien que celui-ci ne soit pas homosexuel dans le film.

François va se confier à Maïté qui, elle, ne se sent attirée par personne et rejette pour le moment la sexualité.

François s’intéresse aussi au compagnon de chambre de Serge, Henri. Ce dernier, pied-noir, a quitté l’Algérie où son père est mort. Il critique le général de Gaulle et se révèle pro-OAS.

Serge est appelé lors d’un cours : il apprend que son frère est mort en Algérie. Il voue alors une haine brûlante à Henri, qui soutient la guerre, tandis que la mère de Maïté, rongée de culpabilité pour ne pas avoir pu l’aider, part en cure de sommeil.

Serge dit à François qu’il est attiré par Maïté. François dira à Maïté lors des obsèques du frère de Serge, alors que Serge s’en va parce qu’on a dit que son frère était un héros, d’aller lui courir après. Serge emmènera alors Maïté à la rivière, mais Maïté ne voudra pas faire l’amour avec lui.

Un remplaçant arrive, Monsieur Morelli. Dans la scène où on le voit pour la première fois, il demande à un élève de lire une fable de La Fontaine qu’il a écrite au tableau : Le Chêne et le Roseau. C’est François qui la lit avec enthousiasme. C’est d’après cette fable que la première version du film avait été appelée.

La fable de La Fontaine Le Chêne et le Roseau :

Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
– Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. « Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

Monsieur Morelli, cherche à aider Henri à avoir le baccalauréat. Mais ce dernier, révolté par les décisions de de Gaulle et le retrait de la France en Algérie, décide de quitter la ville. Avant cela, il veut mettre le feu à la cellule du PC, tenue par Madame Alvarez. Il y voit Maïté, qui l’invite à entrer, et à qui il cache ses intentions initiales. Tous deux discutent et se découvrent une attirance.

Lassés d’attendre les résultats du bac, François, Maïté et Serge décident d’aller se baigner dans la rivière. Ils rencontrent sur leur chemin Henri, qui n’a pas encore pris son train. Cette ultime scène de baignade estivale est l’occasion de préciser les rapports de chacun avec les autres.

André Téchiné livre un film sensible, profond et bien construit sur l’adolescence, le désir, la naissance de la sexualité, le passage à l’age adulte et le positionnement politique. Le film, d’1h50 prend le temps de développer les personnalités complexes des adolescents et leur évolution. Le personnage de Maïté va lutter pendant tout le film contre le désir naissant en elle pour les garçons, jusqu’à s’y livre à la fin du film, alors que le personnage de François acceptera progressivement son homosexualité. Le personnage de Henri, très renfermé et radical dans ses positions, ne voulant faire confiance à personne, s’adoucira peu à peu au fil du film jusqu’à découvrir l’amour avec Maïté.
Le personnage de Serge est le seul qui ne résoudra rien. Représentant d’abord l’image du mâle hétérosexuel viril et macho, il se livrera à l’amour homosexuel avec François, mais il ne voudra pas recommencer. Son frère mort, il racontera à François qu’il a fait l’amour avec la femme de celui-ci qui était venue l’observer dormir nu dans sa chambre. Serge répète plusieurs fois qu’il aspire à une vie « normale ». Il veut vivre toute sa vie dans son village, dans sa maison. Il dit à François qu’il veut se marier simplement pour être normal, peu importe la femme, à l’image de son frère qui s’était marié par pur intérêt et non par amour. Il semble alors que Serge n’acceptera jamais son homosexualité.
On peut penser à l’échelle de Kinsey. Les enquêtes menées par le professeur d’entomologie et de zoologie Alfred Kinsey au tournant des années 1950 ont permis de constater que homosexualité et hétérosexualité ne sont pas deux orientations sexuelles et amoureuses exclusives. Elles constituent plutôt les pôles d’un même continuum de l’orientation sexuelle. À partir de deux études sur le comportement sexuel des Américains effectuées auprès de quelque 5 300 hommes (en 1948) et de 8 000 femmes (en 1953), Kinsey a conçu une échelle portant sur la diversité des orientations sexuelles.
Cette échelle, graduée entre hétérosexualité (0) et homosexualité (6), avait comme but d’évaluer les individus en fonction de leurs expériences et leurs réactions psychologiques. Voici le tableau :

Score Explication

0 Exclusivement hétérosexuel(le)
1 Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuel(le)
2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 Bisexuel sans préférence
4 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
5 Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuel(le)
6 Exclusivement homosexuel(le)

Ce schéma montre la diversité des orientations sexuelles. Selon Kinsey, tout être humain porte en lui une composante hétérosexuelle et une composante homosexuelle. Celles-ci s’aménageant diversement d’une personne à l’autre, on ne peut finalement établir des catégories sexuelles étanches et « tranchées au couteau ». De plus, s’ajoutent à l’acte sexuel, les questions de sensibilité et d’affectivité qui complexifient davantage les choses.

Selon l’échelle de Kinsey, le personnage de Henri correspondrait à 0, tout comme celui de Maïté. Le personnage de Serge se trouverait entre 1 et 2, et celui de François correspondrait à 6. On ne lui connait en effet pas d’expérience hétérosexuelle.

Bande annonce :

Un autre film appartenant à la série Tous les garçons et les filles de leur âge… sur le thème de l’adolescence est sorti au cinéma : L’Eau froide d’Olivier Assayas.

The Housemaid

The Housemaid

De Im Sang-soo, 2010
Sud-coréen
avec Jeon Do-yeon, Lee Jung-jae, Seo Woo, Yoon Yeo-jeong, Ahn Seo-hyeon, Park Ji-young

À en voir l’affiche un peu outrancière et la bande annonce un tantinet aguicheuse et le titre digne d’un bon porno, on pouvait s’attendre avec The Housemaid à encore un de ces films erotico-stylisés asiatiques, mais le film est tout autre. Certes, le film comporte quelques scènes qu’on pourrait aisément qualifier d’érotiques, mais le film est loin d’être centré dessus. En effet, dès les premières minutes du film, qui montrent la vie agitée d’une grande ville de Corée du Sud, on comprend qu’il explore bien plus que ça. Ce milieu populaire et pauvre dont est extrait le personnage central du film va contraster avec celui qu’elle va rencontrer en acceptant son emploi de bonne. Et c’est sur le choc de ces deux milieux sociaux que va porter en grande partie le film, pouvant être lu localement comme une critique de la société coréenne, et, plus largement du capitalisme mondial et des inégalités qu’il entraine. Le monde apparemment austère et étriqué de la haute bourgeoisie coréenne dans lequel va entrer la bonne, dans une maison froide montre d’abord une absence de sentiments et de leur expression, mais le chef de famille, présenté comme un jouisseur vivant à l’occidentale (il prends de grands airs en se baladant avec sa bouteille de vin dans la maison et en faisant beaucoup de manières pour le goûter) va se révéler moins inhumain que les autres habitants de la maison. Mais cela sera-t-il suffisant ? Certes, le sujet du film est assez classique, et il faut savoir que c’est un remake. N’ayant pas vu la première version, coréenne elle aussi, je ne pourrais pas dire s’il est justifié, mais les qualités de la direction d’acteurs, de leur jeu, de la réalisation font de ce film un film à voir.

Bande annonce :

Martha Marcy May Marlene

Attention, article provisoire

Martha Marcy May Marlene

De Sean Durkin, avec Elizabeth Olsen, John Hawkes

Film américain

D’un point de vue pictural, c’est très propre (Gus Van Sant, Lars Von Trier …). C’est pas filmé avec les pieds. Cette beauté de la réalisation, mettant en valeur celle de la comédienne principale, également une belle découverte contraste avec le côté malsain du film. Ce film n’est pas un film sur les sectes, comme on pourrait le croire, c’est un film sur le bonheur. Sur l’aspiration au bonheur et sa fragilité. Sur les certitudes et les doutes. Le film place le personnage principal qui fuit une communauté autonome dont la dynamique sectaire à tourné au drame entre deux mondes, entre deux folies. Il y a ce qui peut apparaître comme sa propre folie, et il y a la folie du couple, la « folie à deux », et la folie collective, la folie de la secte, et celle de la société dans laquelle elle vit. Elle est accueillie par sa sœur qui vit un bonheur précaire avec son mari. Leurs certitudes s’ébranlent quand elle entre dans leur vie. La sœur se demande ce qu’elle aurait pu faire, très sure que son mode de vie et le seul, l’unique, le bon mode de vie. C’est un film sur le mode de vie qui remet en cause un modèle normatif, le modèle américain, accepté et commun, uniforme. On le voit quand le mari ne supporte pas que Martha remette en cause son mode de vie et ses certitudes, alors qu’ils boivent du vin dans des verres aux pieds très prétentieux, ou quand la sœur refuse que Martha se baigne nue dans le lac. Ils sont soucieux du regard des autres. Les enfants, ce n’est qu’un pretexte, on le voit quand ils organisent une fête et que Martha se met en colère suite à une hallucination. Si la sœur semble concernée par ses problèmes, on voit bien que le mari s’inquiète surtout que sa fête soit réussie, et sa réputation préservée. La folie normative, la normopathie est confrontée à un idéal qui s’écroule dans le retranchement, la prostration sectaire et communautaire. Un film très noir qui ne donne pas de solution, comme le laisse présager la fin. Alors qu’on emmène Martha à l’asile de fou, vers une autre folie, une voiture les suit, les ennuis ne sont pas terminés … Il faudra suivre ce jeune réalisateur qui n’en est pas à son premier film.

Nous vous conseillons Revolutionary Road (Les Noces Rebelles) et l’excellent Canine auxquels ce film peut faire penser.

Bande annonce